Préambule :
Ceci est un article pour m’amuser. J’ai beaucoup écrit ces derniers temps, des trucs très sérieux. Depuis quelques années, je m’intéresse à l’histoire de la couleur et ses applications dans divers domaines. J’ai un papier de recherche en cours de relecture par les pairs (juin 2026) et plusieurs articles pour mon site principal, qui sont sur mon ordinateur actuellement (mais j’ai besoin de voir encore l’organisation du site avant de publier (surtout que je n’ai pas encore tout écrit)). Entendre parler d’étalonnage, ça me gave : c’est imprécis, sans rigueur, trop simple, la technique ne laisse pas transparaître toute la richesse de ce que l’on peut dire des couleurs.
Avant la disparition de ce site, je souhaitais rédiger un dernier article pour m’amuser un peu. Premièrement car le sujet intéresse à la fois les personnes avec qui je travaille, mais aussi les étudiants ! Je vais vous présenter quelques manières de parler pour sonner comme un bon gros vieux briscard d’antan. Parce que les termes des logiciels ne sont pas valides ! Surtout si vous les utilisez en français #Resolve. Ca, il faut arrêter ! Deuxièmement, pour vous annoncer la clôture de scopeoclock.fr.
NB : Même si je me suis habitué à l’écriture académique ces dernières années, nous ne sommes absolument pas dans ce cadre ici. Ainsi, je discourrai comme un gueux.
NB 2 : Et comme ceci n’a aucune valeur académique et que je m’amuse, je discourrai comme un vieux con de gueux. Certaines digressions seront récréatives et hors de propos.
Bon… Commençons :
Il s’appelait Resolve
Majoritairement, aujourd’hui, je rencontre des personnes qui parlent de « DaVinci », ou qui l’écrivent « Davinci » (peut-être à cause du correcteur orthographique qui fait tant de dégâts du point de vue d’un conservateur de la langue, les philologues s’en moquent).
Seulement, « Da Vinci » était à l’origine l’entreprise qui développait le système d’étalonnage « Resolve » (avec des sous-noms différents) ou qui développait le logiciel « Resolve 2K » avec sa version gratuite « Resolve 2K Lite » plus tard racheté par BlackMagic (clique sur l’image ci-contre pour plus d’infos). De plus, un vieux gars ajouterait un article avant le nom du logiciel, afin de le substantifier en un sens. Ainsi, un vieux briscard dira plus facilement « Le Resolve a planté » plutôt que « Davinci a crash ».
NB : Préférer les termes français malgré la profusion de l’anglais est une bonne manière de montrer qu’on a compris de quoi on parle sans imiter votre prochain, par distanciation. Pour vous fondre dans une communauté, vous pouvez toujours utiliser les termes anglais.
PS du § : L’ajout du « Le » avant le nom du logiciel me semble encore majoritaire dans la communauté des utilisateurs du Baselight. Il ne faut pas faire chier l’élite de la crème des pontes obséquieux. 🫢 Je crois en faire partie 😭 quoique… ne le fais-je que paraître ? 🤔
Onglets/Pages du Resolve
Là aussi un changement de paradigme (on l’entend tout le temps en conférence ces dernières années, pourquoi pas ici ?) montre l’évolution rapide des utilisateurs du Resolve :
Jadis nous parlions de la salle Media, Conform, Color, et Delivery.
Au jour d’aujourd’hui du lendemain d’hier, on entend plutôt parler des onglets Media, Photo, Cut, Edit, Fusion, Color, Fairlight, Delivery.
Mais hier plutôt qu’aujourd’hui, on a aussi entendu parler des pages Media, Edit, Fusion, Color, Fairlight, Delivery.
Conséquemment, pour paraître vieux briscard qui a connu le Resolve au moins dans sa version 9 ou 10, il faudra dire salle. En anglais « room » fonctionne aussi.
Et alors si vous venez d’entrer sur le marché et que vous dites « on va vérifier la conformation dans la salle Conform du Resolve avant le dépétouillage (cf plus bas dans la page) », je vous promets pléthore de regards écarquillés ! Ou au moins songeurs.
Les Masques
« Power Window » ? Bravo vous savez lire ce qui est écrit dans le Resolve !
« Masques » ? Hum… c’est usuel, bateau, fade, sans saveur, d’une vacuité de l’esprit dont nous ne retrouvons le pareil que dans le néant.
Mais avez-vous déjà entendu parlé des « patates » ? Dans le jargon de l’étalonneuse et de l’étalonneur, c’est le bon terme ! Parfois, il y a des gens des FX qui l’utilisent aussi, mais ce n’est pas majoritaire.
– Mais Jamy, pourquoi on dit « patate » ?
– C’est très simple Fred, les masques ont souvent une forme patatoïdale.
Patatoïde : formé du radical « -patat- » qui rappelle notre féculent préféré, puis du suffixe « -oïde » qui signifie « à peu près », terme proche de l’ellipsoïde. Un peu comme un astéroïde qui a à peu près la forme d’un astre car il n’est pas assez massif pour avoir une forme sphérique, avec un effort cognitif intense ça y ressemble suffisamment. Ce mot existe dans le dictionnaire. Si si, cherchez bien.
PS : Je n’ai jamais entendu un anglophone parler de « potato » par contre 😐, mais faites-le quand même ! C’est drôle.
Les « Nodes »
Je ne vais pas refaire la blague de la lecture du logiciel, mais j’ai vraiment envie. #PaieTaPrétérition
Dans la version anglaise originale du Resolve, il est écrit node pour ces éléments qui permettent l’ajout de corrections. Certaines personnes l’importent directement de la langue de Shakespeare #SecoueTaPoire et le mettent au féminin : une node. D’autres au masculin : un node.
Il y a aussi ceux qui font l’effort de le traduire : un nœud. Ce qui est pertinent dans le cadre de correcteurs organisés dans une arborescence dite nodale.
Personnellement, je suis plutôt partisan de calque qui, dans l’historiographie du coloris, a plus de sens. Vous pourriez me rétorquez : « ouiiiii, mais y’a autre chose qui s’appelle Layer dans le Resolve, tu peux pas utiliser calque ! ». En fait si, ce que Blackmagic a choisi d’appeler Layer dans la version anglophone peut être traduit par couche. Ce qui me semble plus pertinent. Et je crois me souvenir que c’est à peu près le cas selon l’endroit où on regarde dans le logiciel.
Je ne pense pas que « calque » entre dans la filiation du vocabulaire du briscard, mais à retenir quand même. Ici, nous sommes plus proche du jeune con qui apprend aux anciens pourquoi ils se trompent. Des cons, il y en a à tout âge. Evidemment, le con est toujours l’autre. Se remettre en question, c’est so académique quoi. #PaieTonÉpochè
Les « Espaces Colorimétriques »
Commençons pas citer Munsell, car nous sommes des personnes cultivées transcendées par les couleurs dont les représentations n’ont cessé d’évoluer au travers des siècles :
FALSE COLOR BALANCE. There is a widely accepted error that red, yellow, and blue are “primary,” although Brewster’s theory was long ago dropped when the elements of color vision proved to be RED, GREEN, and VIOLET–BLUE.
Contextuellement, cette citation vient réfuter la conception picturale du mélange rouge, jaune, bleu. Il y a eu des recherches au cours de l’histoire pour réduire l’ensemble des couleurs à des fondamentales qui permettraient de représenter toutes les autres, en commençant par François d’Aguilon avec l’Opticorum Libri Sex au début XVIIe dont Rubens a dessiné les schémas. Ce n’est pas le sujet, mais il est assez difficile de réduire l’ensemble des couleurs à ce que l’on appelle aujourd’hui des primaires. C’est un champ de recherche assez fascinant qui nécessite de faire appel à notre amie Parcimonie, mais elle est partie en vacance. Ce n’est que partie remise.
Il s’avère que depuis James Clerck Maxwell, la communauté scientifique s’accorde pour affirmer que les couleurs primaires sont un rouge, un vert et un bleu. C’est ce qu’affirme ici Munsell en réfutant la triade rouge-jaune-bleu largement admise au début du XXe, Maxwell en avait fait la démonstration à peu près un siècle plus tôt dans Experiment on Colour, as perceived by the eye, with remarks on colour-blindness (1804).
Note de bas de page mais en plein milieu : La référence à Brewster semble faire écho (dans le texte de Munsell) à un système d’impression filmique polychrome du début du XXe dont l’application montre le fonctionnement de la triade rouge-vert-bleu. Maxwell l’avait montré avant de façon expérimentale
Espace Colorimétrique, c’est un peu la même chose : tout le monde le dit mais c’est n’imp. Pourquoi ?
D’abord « colorimétrique ». Si nous décomposons le mot, nous avons bien le radical « color- » pour la couleur ce qui correspond à la racine latine colore. Le suffixe « -métrique » réfère, lui, à la mesure. Sauf que la mesure d’un point de vue épistémologique est un instant bien précis : celui pendant lequel nous capturons l’information pour la transformer en donnée. L’information est la grandeur physique, la donnée est l’information captée et traitée pour être comprise par notre cerveau d’homo-sapionce, puis enregistrée. L’information est volatile, la donnée est persistante. A l’étalonnage nous consultons et transformons des données représentées de différentes manières : sur une image, sur un oscilloscope etc. Ces données sont certes issues d’une mesure, mais est-il pertinent de continuer à invoquer la mesure avec tous les traitements que l’information a subi ? Utiliser l’adjectif chromatique me semble plus sage. La « colorimétrie » est pertinente avec un système de captation de l’information : une caméra, un colorimètre, un spectromètre toussa toussa.
Maintenant : « espace ». Souvent espace va pointer vers des trucs comme Rec709, P3-D65 et les mélanger avec d’autres trucs qui n’ont rien à voir comme Luv, DCI X’Y’Z’. Remettons de l’ordre dans cette cacophonie. L’espace doit faire référence à la géométrie en jeu, c’est-à-dire s’il s’agit d’une représentation dans un cube comme pour le modèle RGB, un cylindre comme pour le Lab, ou un cône pour le LCH etc. L’espace est un élément qui permet de définir un modèle car l’échelle peut varier en étant linéaire ou logarithmique. Les coordonnées peuvent être différentes en étant cartésiennes ou polaires. L’espace chromatique est une forme géométrique dans lequel on représente les données de couleurs. Tout ce qu’on appelle Rec709, P3, Aces cc, Arri Wide Gamut**, nous pouvons les appeler gammes ou plages chromatiques quand on les lit sur un diagramme de chromaticité. Si on veut mettre l’accent sur une représentation tridimensionnelle, nous pouvons parler de volume chromatique à l’image du volume optimal de Schrödinger.
Enfin, si vous voulez associer une gamme à un gamma et à un illuminant, comme dans le BT1886, il faudra alors parler d’un standard ou d’une norme.
Par conséquent, Rec709, P3 toussa toussa, sont des gammes chromatiques ou des volumes chromatiques (vous pouvez remplacer chromatique par de couleur mais ça sonne un peu lourd à mon oreille). Tout ce qui est CIE XYZ, L*u*v*, HSL, LCH, OKLAB, ce sont des modèles chromatiques qui ont besoin de caractéristiques géométriques pour être définis dont l’espace qui est toujours euclidien. Il y a eu des tentatives pour introduire des géométries non-euclidiennes mais trop tard, l’industrie était déjà lancée.
PS : Là aussi ça n’a pas grand chose à voir avec le briscard. C’est plutôt ma recherche en histoire de la couleur qui parle.
ESPACE COLORIMÉTRIQUE = PAS BIEN
Un chaton meurt à chaque fois que quelqu’un dit « espace colorimétrique », bon sang de bonsoir !
** La différence entre une gamme et un gamut : la gamme couvre une certaine plage du diagramme de chromaticité, le gamut couvre une certaine plage de la gamme. C’est pour ça que les marques clament que leur écran peut couvrir 93% du Rec2020, par exemple. Le gamut est un terme emprunté dont l’usage est appliqué à d’autres contextes, notamment pour la technologie d’une caméra numérique, mais sans réel fondement (voir FAQ du site d’Arri). C’est gamut qui a été utilisé car il n’y avait pas de mot et c’était le plus proche.
La projection de dépouillage
Vous savez cette projection test d’équipe qui consiste à dépouiller un film des problèmes qui restent. Vous pouvez l’appeler « dépouillage » comme un macaque qui retirerait les poux de son voisin ou de sa voisine. #Pas2SexismeIci
Avant on entendait plutôt « la projection de dépétouillage ». Pourquoi ? Parce que comme sur un pare-brise, on cherchait les p’tits pètes afin de les enlever.
Et pour apprendre à enlever les p’tits pètes, on va faire des perruques.
…
😱 Mais c’est ce qu’on appelle un cliffhanger !
Conclusion
Que retenir ? Et bien : On s’en fiche. Il me semble qu’il est bon de le savoir pour soi. Mais comme pour les arts de la table, pour éviter de mettre votre interlocuteur mal à l’aise et transmettre une bonne image, il faut s’adapter. Couteau à gauche et fourchette à droite avec les dents vers le haut ? Pas grave, dites « Davinci » à la place de « le Resolve ». Tant que la session d’étalonnage se passe bien. Mais si vous pouvez briller en société en étalant votre connaissance qui dépasse celle du quidam moyen, pourquoi s’en priver ? 😈
Conclusion 2 le retour
Le site va fermer. Je l’ai déjà drastiquement réduit pour migrer ailleurs, je ne m’en occupe plus. Ici je parlais plutôt d’étalonnage, mais j’ai découvert différents champs de recherche autour de la couleur il y a quelques années que je trouve bien plus stimulants.
Je vous invite donc à sauvegarder les articles qui vous intéresse. Le site devrait vous permettre d’afficher le lecteur de votre navigateur, puis vous pouvez en faire un PDF, pour conserver une information que vous trouveriez importante mais qui disparaîtra soit en fin d’année 2026, soit l’année prochaine. Je ne me suis pas encore décidé.
Je vous invite à consulter également mon site principal actuel : ledlaire.fr sur lequel je compte écrire des articles sur la connaissance autour des couleurs en incluant de nombreuses disciplines et les faire dialoguer (Peinture, Cinéma, Phénoménologie, Physique, Biologie, Neurologie, Sociologie, Philologie, toussa toussa…). Ces articles plutôt destinés à mes élèves seront en libre accès en complément des cours.
Ce n’est pas encore fait, mais ça arrivera un jour ou l’autre…
En espérant que vous ayez apprécié la lecture de ce texte empli de bonté d’âme et sans aucun scrupule pour la bienséance.
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